Les Brasseries

Sur un coteau, non loin des portes de la capitale de la Lorraine se dressaient, imposantes, les Grandes Brasseries Réunies de Maxéville. Leurs cheminées, leurs tourailles puissantes, nimbées d’une blanche fumée, révélaient aux visiteurs une activité peu commune, et toute cette masse dominait la paisible ville de Maxéville, couvrant une superficie totale de 107 543 mètres carrés.

Lithographie des Grandes Brasseries Réunies de Maxéville.
On trouve des traces de Brasseries à Maxéville dès 1846 mais à proprement parler, l’histoire des Brasseries à Maxéville se résume à deux unités distinctes :
1 – La Grande Brasserie de l’Est.
Cet établissement fut construit en 1869 par monsieur Galland, ingénieur civil, et portait alors le titre de Société de la Brasserie Viennoise. Outre différents appareils, la brasserie doit à monsieur Galland le dégoudronnage des fûts et la conception de la fabrication pneumatique du malte.
Elle prit le nom de « Grande Brasserie de l’Est » en 1877, lors de son rachat par un groupe d’industriels.
2 – La Brasserie Betting frères.
Fondée en 1854 par Christophe Betting, l’exploitation prit une rapide extension. En 1882, la première usine fut installée d’après les procédés les plus modernes. Une deuxième installation, construite de l’autre côté de la voie ferrée, lui fut annexée en 1895. Les deux parties communiquaient par deux passages souterrains.

Ce bâtiment était appellé Tour Betting, du nom des fondateurs d’une des Brasseries. On y trouvait les bureaux administratifs des Grandes Brasseries Réunies de Maxéville. A l’arrière, on distingue une porte, qui donnait sur une cour interrieure ; les bâtiments qui la précèdent, sont des habitations. La tour Betting a été détruite dans les années 60. A sa place, a été contruit le bâtiment frigoriphique de la BREM, qui, à son tour, a été rasé en 2003, laissant la place à un supermarché LIDL.
Les directeurs des deux Brasseries décidèrent d’un commun accord de grouper et de centraliser leurs efforts pour éviter qu’une concurrence ne s’installe entre ces deux établissements. Cette mesure fut consacrée en 1898 par la fusion, tant commerciale que technique, des deux établissements en Société anonyme par actions au capital de 3.500.000 francs, sous la raison sociale : « Grandes Brasseries Réunies de Maxéville ».
Fait rare à l’époque, une caisse de secours fut créée dès la fondation des Grandes Brasseries réunies. Elle assurait à tout le personnel les soins et médicaments à titre gratuit, ainsi que le paiement de la moitié de leurs salaires pendant 6 mois en cas de maladie.

L’ensemble des bâtiments visibles à gauche constituait les entrepots frigorifiques de la BREM (Brasseries Réunies et Entrepôts de Maxéville), aménagés dans les locaux de la brasserie de Maxéville, pendant la seconde moitié du 20ème siècle. Le bâtiment bureau, à l’angle de l’avenue du Général Leclerc, a été construit dans les années 70, à l’emplacement d’un autre bâtiment de la tour Betting. Il était entièrement démontable et sorti des usines Prouvé, situées à Maxéville.
Dans les années 1910, les Grandes Brasseries employaient 300 personnes et écoulaient annuellement 150.000 hectolitres de bière, tant blonde que brune. Outre les locaux nécessaires à la seule fabrication de la bière, les Grandes Brasseries abritaient de nombreux ateliers spécifiques :
Une tonnellerie assurait la réparation, la réfection et l’entretien de la futaille.
Un atelier de menuiserie réalisait les emballages divers, la fabrication et la réfection des caisses de bouteilles.
Une équipe de maçons était en permanence attachée aux usines.
Il existait aussi des ateliers de chaudronnerie, d’ajustage, de tournage, de forges, d’électricité, de réparation des wagons, etc.

Ce bâtiment, qui accueillait la direction des Brasseries, est actuellement l’Espace Edgar P. Jacob, siège de la MJC de Maxéville, des Petits Débrouillards, des Patries Imaginaires, des Quel Que Soit le Temps, etc.
L’eau employée à la fabrication de la bière était produite par six sources, puisées par autant de pompes dispersées dans diverses stations autour de l’usine. Elles fournissaient 180 mètres cubes d’eau à l’heure, soit 180 000 litres.
La bière est fabriquée avec du malt, de l’eau et du houblon, le malt résultant d’une transformation spéciale de l’orge. Importée de Bohème, de Champagne et du Puy, l’orge faisait l’objet de nombreuses analyses avant d’être entreposée dans d’immenses greniers qui pouvaient en contenir jusqu’à 1 800 000 kilogrammes. Par des vis sans fin, elle était dirigée vers des cuves à tremper pour permettre sa germination avant de rejoindre les tourailles pour sa dernière étape de transformation en malt. Le malt était alors concassé, mélangé à de l’eau puis passé à des degrés variables dans plusieurs chaudières à brasser avant d’être filtré. Le moût de bière était ensuite obtenu en portant à ébullition ce liquide additionné de fleurs de houblon.
Chaque salle de brassage produisait 150 hectolitres par brassin et pouvait fournir jusqu’à 3 brassins par jour. Une fois les cônes du houblon retirés, le moût bouillant était réfrigéré, puis dirigé vers les « entonneries » où, dans d’énormes cuves en chêne, l’ajout de levure activait sa fermentation.
La bière est ensuite mise dans les foudres (tonneaux de grande capacité) placés dans les caves à une tempère constante de +1 degré lui permettant d’accomplir une fermentation secondaire qui provoquait sa clarification complète et sa saturation en acide carbonique.

Carte postale des grandes brasseries de Maxéville, intitulée « la bière de Maxévile », envoyée le 12 février 1907. Le personnage était appellé « Gambrinus ». Gambrinus, personnage légendaire, surnommé “le roi de la bière”, a pour origine le roi Jean Ier qui a, un jour, fêté une victoire par un festin bien arrosé de cervoise. A la fin du repas, il chevauchait un tonneau avec une chope à la main, d’où le surnom de « Roi de la Bière ».

Prête à être consommée, la bière de Maxéville était alors mise en bouteilles ou en fûts avant d’être expédiée. Après un rinçage complet, les bouteilles étaient remplies par des soutireuses isobarométriques. Cependant, cette mise en bouteilles se faisait en majeure partie dans les nombreux entrepôts des Grandes Brasseries réunies, qui disposaient d’appareils plus modernes. La bière devait séjourner le moins de temps possible dans les fûts de transport. Elle était donc soutirée au fur et à mesure des besoins à l’aide de soutireuses isobarométriques à contre-pression, dont tous les organes fonctionnaient à l’air comprimé.
Remplis, bouchés et étiquetés, les fûts étaient roulés sur le quai d’expédition. Dans une industrie comme la Brasserie, la question du transport jouait un rôle capital. La célérité des transports était, en effet, indispensable pour favoriser une rapide exécution des nombreuses commandes. A cet égard, les Brasseries de Maxéville étaient supérieurement installées. Placées pour ainsi dire sur l’alignement de la grande route nationale de Paris à Metz, à deux pas du canal de la Marne au Rhin, et traversées par la voie ferrée Paris-Strabourg, c’étaient là autant de conditions favorables à la bonne exécution des transports.
Deux raccordements particuliers reliaient les usines à la ligne de Paris, l’un sur voie montante, l’autre sur voie descendante, et c’est par trains complets que la bière quittait la Brasserie tous les jours. Le service des expéditions était assuré par vingt-cinq wagons-glacières ; appartenant à la Société. Chaque jour, quatre trains amenaient à la Brasserie les matières premières dont elle avait besoin et repartaient chargés pour les différentes destinations.
Un service de voitures automobiles desservait les grands entrepôts de la région et plus de cinquante voitures et glacières servaient aux livraisons de la ville et de ses environs. Les écuries, grandes et bien aérées, contenaient plus de cinquante chevaux de toute beauté et de force, ainsi que trois paires de boeufs puissants pour le service intérieur des usines.

Plaque émaillé publicitaire pour la bière de Maxéville, avec le personnage « le Gaulois » et le slogan : « La Bière Maxéville, c’est toujours la meilleure ». Photo prise au Musée Français de la brasserie à St-Nicolas de Port.
La bière produite aux Grandes Brasseries de Maxéville était réputée dans le monde entier. Elle était exportée notamment en Algérie, en Tunisie, au Maroc, au Congo, en Indochine, en Amérique du Sud… Sa qualité fut primée à de nombreuses reprises : Grande Médaille d’Or à St -louis en 1904, Grand Prix à Marseille en 1906 et Saragosse en 1908, Grand Diplôme d’Honneur à Dublin en 1907…
Si la présence des femmes permet aux brasseries de bien survivre à la guerre 14-18, celle de 39-45 lui sera fatale : Successivement occupées par l’armée allemande puis par les forces américaines à la libération et ne disposant plus ensuite d’assez de main-d’oeuvre qualifiée pour poursuivre la fabrication de la bière, leurs activités industrielles se focalisent alors sur l’entreposage frigorifique, et le patrimoine foncier hors pair passe dans de nouvelles mains.

1 Commentaire

  1. Faire Fortune wrote:

    un peu pres le genre d’idee dont je me fesait du sujet, merci bien pour ce succulent article

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