Témoignage sur les Caves de la Craffe par Jean-Marie Pierron

Les Caves de la Craffe

Qui, à Maxéville, ne connait pas les Caves de la Craffe ? Je parle pour les plus de quarante ans. Celles-ci ont suivies, après quelques années d’inoccupation, les célèbres Brasseries de Maxéville qui avaient une notoriété dans le monde entier.

Les Caves étaient connues particulièrement en Lorraine et Alsace, où les vins étaient distribués dans une ribambelle de commerces d’alimentation.

Pourquoi les Caves de la Craffe ? La famille Chardot, négociante en vins et spiritueux (comme on disait à l’époque), avait leur entreprise à quelques pas de la non moins célèbre porte de la Craffe à Nancy (d’où l’enseigne). Dans les années 50 (1950 pour les non-initiés), à l’étroit, ils firent l’acquisition des caves des anciennes Brasseries de Maxéville où était brassée la fameuse bière qui parcourut la France et le monde. Maxéville était (à une époque) connue à des kilomètres hors des frontières de l‘Hexagone (aussi grâce à la colonisation).

Lorsque les caves s’installèrent à Maxéville, rue du général Leclerc (aujourd’hui rue des Brasseries), ils embauchèrent de nombreuses personnes pour subvenir au besoin de l’expansion de l’entreprise.

Mon père y entra comme commercial et y passa de nombreuses années jusqu’en 85. Il sillonnait les routes de Lorraine avec la voiture commerciale jaune et rouge au logo des Caves, c’est-à-dire une silhouette rouge de la porte de la Craffe surmontant un losange dans lequel étaient inscrit les 3 C : Caves, Craffe, Chardot.

L’activité de l’entreprise était de distribuer sur l’Est de la France les vins qu’elle importait de toute la France ou de l’Algérie (Ben Caïd par exemple) et qui arrivaient par camions et par citernes ferroviaires, il y avait un EP (terme SNCF pour dire embranchement particulier) qui amenait les citernes directement près des caves. On en vidait le contenu dans d’énormes cuves carrelées ou des fûts, où cela attendait d’être embouteillé pour être distribué dans les épiceries, les super marchés, etc.

Il y avait des vins ordinaires comme le « Bel Craffe », le « Tervant » ou le « Ben Caïd » qui arrivaient sur la table de tous les jours, ou ailleurs…, par litre. Des caisses en bois de 10 litres parvenaient aux détaillants qui les vendaient aux nombreux clients soit à l’unité, soit par caisse. De toute façon tout cela était consigné et revenait aux Caves qui nettoyaient les litres et les relançaient dans le circuit (c’était la façon de l’époque). Mais les temps ont bien changé… La particularité de ces litres était qu’ils étaient fermés par une capsule métallique surmontant un bouchon en plastique dans lequel se trouvait une petite bille rouge. Le client recevait une petite boite en plastique qui servait de tirelire pour recevoir 50 de ces fameuses billes. Et la tirelire pleine, c’était la suprême récompense, on l’échangeait contre une bouteille à choisir dans la gamme de vins fins pour les fêtes.

Vous allez me dire (car je vous entends) : que faisiez-vous des capuchons en plastiques qui fermaient ces litres ? Hé oui, car ils étaient de toutes les couleurs. Suprême astuce : ils occupaient les jeunes et les vieux dans de longues parties de « tissage ». En fait, cela servait l’été comme rideau de portes (cela dérouté… les insectes d’entrer dans les maisons tout en gardant la fraîcheur dans les maisons.). Explication : on récoltait les bouchons et il en fallait, mais on buvait…, que l’on enfilait sur des ficelles ; celles-ci étaient suspendues à une baguette en bois, et quand il y en avait suffisamment on suspendait le tout aux portes extérieures. Quand aux jeunes, ils en faisaient des colliers ou d’autres choses plus élaborées et quelquefois étonnantes.

Puis les vins fins. Des vins de fêtes qui venaient de toutes les régions de France : Sauternes, Montbazillac, Bordeaux, Médoc, Bourgognes, Côtes du Rhône, Alsace, etc. Sans oublier les Champagnes, pour lesquels mon père Jacques (maraîcher, fils de maraîcher et petit fils de vignerons de Maxéville), percevait souvent des récompenses pour ses ventes. Les Rhums (le Rhum St Pierre que je trouvais meilleur que le Negrita) qui venaient de Martinique. Les apéritifs (Mirella), etc., etc…

Les enfants n’étaient pas oubliés car il y avait les sirops : « Camel ». il y avait orange, citron, grenadine et celui qui sentait la colle blanche que l’on utilisait en classe dont je ne me rappelle jamais le nom. Je me rappelle qu’il fallait agiter le litre pour que la pulpe du fruit soit répartie dans toute la bouteille. On pouvait le mélanger avec la limonade qui était distribué par la société ou de l’eau. Je me rappelle que s’était le sirop à l’orange que je préférais. Il y avait aussi la limonade.

height="20%"

En dehors des produits vendus, il y avait les petits cadeaux qui étaient faits aux clients : les porte-clefs en plastiques ou métalliques, les canifs tire-bouchon et ouvre bouteille, les calendriers, des règles pour les enfants, des blocs pense-bête, et plein d’autres petits gadgets qui faisaient plaisir aux gens et qui souvent étaient utiles.

Les caves possédaient une chaîne de lavage des litres qui revenaient de chez les clients et des chaînes d’embouteillage. Je ne sais combien de salariés travaillés pour les Caves, mais cela représentait une grande famille, qui, lors des rendez-vous festifs (remise de médailles du travail, accueil des commerçants ou des fournisseurs, départ en retraite, fête de Noël), se pressaient dans un secteur des caves où était aménagées 2 salles décorées pour recevoir les agapes (salle Craffon et salle Bacchus).

height="50%"

Je ne veux pas vous quitter sans parler de l’état d’esprit des Caves. S’ils commencèrent la distribution avec des charrettes tirées par des chevaux, ils passèrent rapidement au camion pour développer l’affaire. Quand ils arrivèrent à Maxéville, la société s’équipa d’une flotte de camions électriques de marque BEDFORD (anglais je crois…). L’expansion aidant il fallu passer à des véhicules plus conséquents. Monsieur Chardot, satisfait de la qualité de la marque, acheta des camions BEDFORD diesel.

height="50%"

Il y avait aussi un véhicule Citroën, dit le « Tube », qui servait à promouvoir les produits des Caves de la Craffe sur les foires agricoles, lors des foires expositions et d’autres circonstances demandé par le ou les commerçants du coin qui distribuaient les vins. Cela à fait l’objet d’une anecdote développée précédemment.

Et comme toutes les grosses entreprises de l’époque, l’entreprise avait d’autres activités pour son personnel (c’était la gestion dite « paternaliste » des sociétés). Et monsieur Chardot, que beaucoup appelait « papa Chardot », n’y dérogeait pas. Il y avait le Noël des enfants, qui était l’occasion d’un sacré après-midi. Je pense qu’il y avait un petit quelque chose pour envoyer les enfants en colo. Et il y avait des activités annexes sportives et culturelles.

Il y eu la mise en place de l’Harmonie des Caves de la Craffe, dont la direction fut donné à Monsieur POIRSON, musicien, qui travaillait aux Caves. Dès la création mon père m’y inscrivit. Je devins clarinettiste, bien médiocre comparé à Yves BLAVIER (plus jeune que moi) qui devins rapidement 1er clarinettiste et chef de pupitre et donnait le LA à la formation qui s’accordait sur lui. Je l’enviais et l’admirais de sa réussite. Quelques années plus tard nous nous retrouvâmes dans la musique du 26e RI. Le premier concert que nous donnâmes fut dans la salle de Craffon pour un Noël et puis ce fut les défilés dans Maxéville pour les commémorations ou des fêtes. Comme les concerts donnés dans le parc de la Mairie sur une bute de terre qui formait un podium (celle-ci à disparue).

Certaines séquences de mes souvenirs des Caves de la Craffe ont fait l’objet d’autres textes. Je ne parle ici que des souvenirs qui me sont restés de cette époque. J’attends que d’autres personnes, qui y ont travaillées ou qui ont eu un parent qui y a travaillé, se manifeste avec des anecdotes et des documents pour réaliser l’Histoire d’une vie à Maxéville. Il reste peu de témoignages de cette époque comme les caves qui sont restées à l’état et le bureau de monsieur Chardot qui est de l’époque de l’art nouveau.

J.-M. PIERRON novembre 2018

Laisser un commentaire